La littérature en Ukraine

Un pays en bras de fer avec sa propre identité


Autant la nation ukrainienne paraît de nos jours unie, autant les influences extérieures agissant sur elle étaient diverses et la dominance d’autres peuples dans ce pays était immense. Le célèbre auteur russe Gogol avoua un jour dans une lettre à une amie qu’il ne savait pas s’il était russe ou ukrainien. Et il n’était pas le seul à ressentir cela, mais la plupart des écrivains aussi qui souffrirent de la domination étrangère et proviennent d’ethnies différentes. En effet, l’Ukraine est un pays qui a toujours été séparé en Est et en Ouest et que les Ukrainiens, les Russes, les Polonais, les Allemands et les Juifs considéraient comme leur patrie.

 

Tout début est difficile

Dans les débuts de la Rous’ Kiévienne, les érudits n’employaient que le slavon, une lingua franca comparable au latin en Europe. C’est dans cette langue que les premières chroniques de la Rous’ furent rédigées, avant tout la chronique de Nestor (en russe ,Povest vremennych let‘, en francais ,récit des années passées’ 1113-1118) qui fait lieu de légende fondatrice non seulement pour l’identité des Ukrainiens, mais aussi pour celle des Biélorusses et Russes.

Le dit de la campagne d’Igor, écrit en 1187, (en ukrainien ‚Slovo o polku Ihorevim‘), qui fut redécouvert seulement en 1795 dans un monastère à Yaroslavl en Russie, fait partie également de la base de la conscience nationale. Aujourd’hui, le texte occupe une place dans le canon de la littérature à l’école en Ukraine. Il raconte l’échec de la campagne de guerre que le prince russe Igor Sviatoslavitch mena en 1185 contre les Polovtses, un peuple turc. On ne connait toujours pas l’auteur de ce texte, mais son degré de popularité est très élevé, de sorte que Rainer Maria Rilke le traduisit en allemand et Michail Boulgakov en anglais.

Mis à part ces héritages du Moyen-Age, il ne reste que peu d’écrits conservés ou d’importance jusqu’à la période des Lumières. Le slavon resta jusqu’au 18ème siècle dans les institutions officielles et dans l’Eglise la langue des érudits et sous hégémonie russe. Pendant longtemps, il était mal vu d’écrire en ukrainien, d’où l’impossibilité de la naissance d’une langue écrite ukrainienne.

Ce n’est qu’avec le philosophe Grigoriy Skovoroda (1722-1794) qu’apparurent les premiers textes qui utilisaient en plus du russe également l’ukrainien et jouaient avec les différences entre les deux langues. Skovoroda passa la seconde moitié de sa vie en tant que philosophe errant et est connu pour son épitaphe "Le monde me poursuivit, mais ne réussit jamais à m’attraper" et passe pour le Socrate russe aujourd’hui encore.

Le poète Ivan Kotlyarevski (1769-1838) de la ville d’Ukraine Centrale, Poltava, mis en place le début d’une langue écrite à part entière avec sa version burlesque de l’Enéide en 1798, dans laquelle, tout en s’appuyant sur l’original de Virgile, il offre au lecteur une vision de l’Histoire, de la facon de vivre, et de la pensée de cette époque dans Sud-Ouest de l’Empire Russe.

Une autre personnalité qui essaya de préparer le chemin à l’ukrainien comme langue littéraire souffrit beaucoup de l’attitude négative de ses leteurs, le poète Tarass Chevtchenko (1814-1861). Bien que ses poèmes en ukrainien recurent beaucoup d’intérêt, la noblesse russe était d’avis que ces vers perdaient de leur beauté à cause du "dialecte campagnard" utilisé.

Pour les Ukrainiens le nom de Chevtchenko est synonyme de liberté. Jusqu’à aujourd’hui il est acclamé, et non pas seulement pour son influence apportée à la langue ukrainienne. En effet, il est né en tant que cerf et sans cesse combattant ses droits de liberté littéraire, il tint à ses idéaux de démocratie et de parité jusqu’à sa mort. Bien que le tsar lui même envoya Chevtchenko en exil et lui interdit de dessiner et d’écrire, l’écrivain parvint tout de même grâce à l’aide d’amis de continuer à publier des textes, comme son recueil de poèmes "Kobsar" qui est populaire aujourd’hui encore.

Au 19ème siècle, Nicolas Gogol (1809-1852) écrivit de même en ukrainien et en russe et devint célèbre avant tout en Russie. Né à Veliki Sorotchintsi près de la ville de Poltava, ami de Pourchkine, sous sa plume virent le jour des oeuvres comme "le Réviseur" ou "Les âmes mortes".

Conseil lecture


Taras Boulba


Des écrivains vinrent de l’extérieur du pays. En 1848-49 Honoré de Balzac (1799-1850) passa l’hiver à Verkhovina près de Berdytchiv pour se soigner une maladie grave. L’été suivant il épousa juste avant sa mort sa partenaire de longue date, Evelina Hanska, une noble ukrainienne.

Alexandre Pouchkine (1799-1837), l’un des plus grands poètes russes, séjourna entre 1820 et 1824 entre autres à Odessa et Kamyanka. Cette dernière était un centre secret des décabristes, auxquels le jeune poète se sentait rattaché par les idées. Pendant son séjour, il travailla à certaines de ces oeuvres les plus importantes, entre autres le cycle de vers Eugène Onéguine, où dans le chapitre 10 est décrite la ville. Le poète s’arrêta après son bannissement pendant un temps dans la ville d’Odessa où malgré son exil et grâce à un contact régulier avec l’étranger il affirmait pouvoir respirer toute l’Europe.

Pour Anton Tchekhov (1860-1904), l’Ukraine était une sorte de port de salut. La famille Tchekhov louait depuis fin 1889 déjà une propriété à Soumy dans le Nord de l’Ukraine actuelle, où l’auteur put travailler pendant un moment. Une autre fois, le jeune Tchekhov atteint de tuberculose chercha refuge de sa maladie en Crimée. Sur le conseil de ses médecins, il acheta à Yalta une petite propriété où il s’installa en 1899. Bien que cette contrée calme n’était pas assez trépidante pour cet artiste habitué à la vie citadinne de Moscou et Saint-Pétersbourg, il rédigea ici deux de ses oeuvres les plus connues: "La Cerisaie" et "Trois soeurs".



De nouvelles lumières littéraires

Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, la Russie s’encapara de plus en plus de l’Ukraine. En 1863 prit le jour le premier interdit de la langue ukrainienne sous le premier ministre russe Valuev, qui essaya de nier complètement son existence. Avec le décret d’Ems en 1876, qui interdit l’utilisation de la langue ukrainienne dans les écrits sous peine de sanction, la publication d’écrits fut rendue presque impossible après l’ère de Chevtchenko.

Ceci provoqua la création de centres de création littéraire endehors de l’Empire russe et l’intérêt croissant de la thématique d’une conscience nationale. Ivano-Franko (1856-1916) fut le principal homme de lettres du 19ème siècle qui aborda ce thème après Chevtchenko. Poète, dramaturge, prosateur du réalisme littéraire, il empreint avec des oeuvres sociopsychologiques et sociocritiques telles que le "Bonheur volé" la veine nationale des Ukrainiens et ouvrit les portes vers la littérature ukrainienne moderne.

Avec l’interdiction de la langue ukrainienne florit la littérature d’autres nationalités, dont le centre littéraire se concentra tout particulièrement dans la ville portuaire d’Odessa. Elle est la ville natale de l’auteur juif devenu célèbre en Russie Isaac Babel (1894-1940) et a longtemps été le lieu de résidence du poète national israélien de Volhynie Haim Nahman Bialik (1873-1934) qui a donné son nom à l’une des disctinctions littéraires les plus connues: le prix Bialik.

De nos jours, Tchernivtsi représente également un bastion de la création littéraire en Ukraine occidentale. La ville, qui avant d’être prise par la dynastie des Habsbourger a pendant longtemps appartenu à la principauté moldave, abrite depuis toujours non seulement des Ukrainiens, mais aussi des Polonais, des Allemands, des Juifs et des Roumains, tous très liés à leur patrie et qui portèrent leur littérature au-delà des frontières du pays. L’un des écrivains nés dans cette ville fut Mihai Eminescu (1850-1889). Il passa certes toute sa scolarité, aussi courte soit elle car il l’interrompit à 14 ans pour se joindre à une troupe de théâtre ambulante, dans une école allemande, mais il était inspiré par la langue roumaine depuis son plus jeune âge. Influencé par la littérature allemande et adepte de Schopenhauer, il s’inspira avant tout des poèmes et de la prose des auteurs et philosophes de langue allemande pour ses propres oeuvres qu’il traduisit en roumain. Ses poèmes constituent la base de la langue écrite roumaine moderne.

Le Sicilien Gregor von Rezzori (1914-1998) est un autre transmetteur de la littérature roumaine. Avec son livre paru en 1953 "Histoires du pays du soleil couchant", une utopie amusante qui rappelle les moeurs des Balkans profonds de part les esquisses de canailles et de malfrats, l’auteur, qui s’est marié trois fois, acquit une réputation d’auteur de divertissement, réputation dont il n’arriva pas à se défaire malgré la publication de romans plus sérieux comme "La mort de mon frère Abel" ou "Kain, le dernier manuscrit".

Michal Czajkowski (1804-1886), homme de lettres polonais né en Volhynie, compte aussi parmi les auteurs actifs dans la partie Ouest de l’Ukraine. Du temps du romantisme, il idéalisa l’Histoire commune polono-ukrainienne et il est connu pour sa littérature nationale sur les Cosaques.

Un fait qui reste inconnu de beaucoup de ses lecteurs sur l’un des plus grands écrivains anglais du 19ème et 20ème siècle, Joseph Conrad (1857-1924), est qu’il vient également d’Ukraine, de la ville Berditchev. Cependant, Conrad passa la plupart de sa vie en Grande-Bretagne dont il adopta la nationalité et où il rédigea des oeuvres comme "Au coeur des ténèbres" en anglais, une langue qu’il commenca à apprendre à partir de ses 21 ans.

Un autre écrivain, né à Brody, nia sa carrière en tant qu’homme de lettres allemand et est souvent très peu associé à l’Ukraine, c’est le journaliste et écrivain juif Joseph Roth (1894-1939). Marqué par la perte précoce de ses parents, cet auteur très engagé politiquement se consacra à la apprfondissement de thèmes sociopolitiques de son temps et à la recherche d’une vérité intérieure qui s’appuie fortement à sa religion. Ses oeuvres jouent la plupart du temps dans sa ville natale. En particulier dans son oeuvre " Le Léviathan" et "Les fausses mesures" il utilise le motif de sa ville comme paysage littéraire pour décrire la vie des marchands, soldats, douaniers et contrebandiers juifs de cette époque. Dans son essai "Juifs en errance", Roth trace une image tellement proche de la réalité de la ville frontalière ukrainienne que l’on pourrait penser marcher dans les pas de l’époque d’antant.

Les horreurs du 20ème siècle dans la mémoire multiculturelle de l’Ukraine

Avec l’entrée dans le 20ème siècle, le régime russe laissa un peu plus de leste et la littérature souleva la question de nouvelles questions en matière de ses revendications et de sa fonction. Le ton de la langue devient de plus en plus critique envers la société, plus révolutionnaire, plus sociologique, plus politique et dramatique. La poétesse ukrainienne Lessia Oukrainka (1871-1913) joua un rôle de premier plan dans ces bouleversements. Influencée par de grands penseurs comme Marx et Engels, elle se consacra dans ses oeuvres à l’oppression nationale et les injustices sociales.

Olha Kobylianska (1863-1942), écrivant également en ukrainien, était une très bonne amie de Lessia Oukrainka. Emue par les oeuvres de grands hommes de lettres allemands, russes et scandinaves, ainsi que par la philosophie de F. Nietzsche, elle fit ses premiers essais d’écriture en polonais et en allemand, mais n’y trouva pas d’aboutissement. Inspirée par les grands auteurs de son temps tels que Chevtchenko et Ivan Franko, elle se tourna alors vers la langue ukrainienne et trouva alors la reconnaissance souhaitée dans le monde littéraire. Son roman le plus connu, " La Terre", fut même adapté au cinéma en 1954.

Pareillement, l’écrivain Mikhaylo Kotsyubinsky (1864- 1913) a éprouvé l’envie de se consacrer à la littérature, surtout après ses études intensives sur Chevtchenko qui l’ont beaucoup inspiré. Né à Vinitsa, il passa la plupart de sa vie à Tchernihiv, où l’on trouve aujourd’hui encore un musée national qui lui est dédié. Adepte du marxisme, il s’est rendu célèbre par son oeuvre "Mirage", qui s’appuie sur les révolutions de 1905 à 1907 et décrit les conflits et la vie ordinaire de l’Ukraine.

Plus tard, les oeuvres de Kotsyubinsky ont été réécrites pendant la période soviétique et publiées dans le sens du réalisme soviétique. Son oeuvre "Les ombres des ancêtres oubliés", qui est connu en France sous le titre de "Les chevaux de feu", a été adapté au cinéma par le régisseur Sergueiy Paradjanov. Encastrée dans un drame amoureux, l’histoire est marquante avant tout pour la représentation mystifiée de la vie et des traditions des Houtsoules, un peuple primitif rusyn des Carpates. Il y a encore 100 ans, ils vivaient en autarcie complète, coupés du reste de la population ils réussirent à conserver leurs traditions et coutumes. Ainsi, on peut trouver encore beaucoup de Houtsoules dans la région qui vendent leur marchandise traditionnelle dans les bazars comme dans la ville de Kossiv par exemple.

Si vous vous intéressez encore plus aux traditions et mythes des Houtsoules, prenez avec vous l’oeuvre "On the high uplands" de Stanislaw Vincenz (1888- 1971). L’écrivain polonais a grandi dans cette région et se retrouva, comme il le précise lui-même, au beau milieu de 14 cultures différentes. Aujourd’hui, il passe surtout pour être un grand connaisseur de ce peuple de bergers rusyn que sont les Houtsoules.

Depuis la fondation de l’Union soviétique, la littérature de langue ukrainienne monta en puissance dans la moitié des années 20 et plusieurs courants comme le futurisme et l’impressionnisme, virent le jour. Sous l’égide du régime soviétique, plusieurs associations d’écrivains qui introduisirent l’idéologie du réalisme socialiste dans la littérature. Cependant, cette société littéraire se scinda en deux groupes. Si on était défenseur du parti et que l’on suivait leur ligne, alors on était considéré comme un "camarade" et on pouvait en toute tranquilité se consacrer à l’écriture d’oeuvres prédéfinie par le parti. Toutefois, si on était opposant ou si l’on avait des positions déviantes, alors on était menacé d’exil et pire. Ceci aboutit à ce que de nombreux hommes de lettres publièrent à l’étranger ou partirent en exil. Cependant, c’est justement la littérature des années 1920 avec ses traits de critique sociale qui est déterminante aujourd’hui dans le procès d’affirmation de l’identité nationale et dans le souvenir du peuple ukrainien.

Pendant l’ère de Staline et les vagues de répressions qui s’en suivirent, la pression monta dans de larges pans de la scène littéraire ukrainienne. Interdictions, emprisonnements arbitraires, tortures, envoi au goulag pendant des années et exécutions étaient à l’ordre du jour. Plus de 300 écrivains ukrainiens furent victimes de ces répressions. Par ailleurs, la politique de russification repris de plus belle et une interdiction de publier en ukrainien fut proclamée. Beaucoup d’Ukrainiens se sentirent menacés dans leur identité. La suite a été une grande vague d’immigration pendant la seconde guerre mondiale.

Le destin de la jeune fille juive Selma Meerbaum-Eisinger (1924-1942) de Tchernivtsi en Boukovine fait partie de l’une des tragédies de cette guerre parmi des millions. Dès son plus jeune âge, la poétesse de langue allemande s’enthousiasma pour la poésie et réussit même après sa déportation dans le camp allemand Michailovka à continuer d’écrire. 57 poèmes extrêmement touchants ont pu être sauvegardés après sa mort à l’âge de 18 ans. Elle y décrit son désir insatiable de vie face à la mort qui la menace.

La littérature de la population juive était avant tout marquée par la volonté de transmettre ses propres traditions et sa croyance, ainsi que de retravailler le vécu traumatisant causé par les pogromes. Ainsi, dans les livres de l’écrivain de langue allemande Paul Celan (1920-1970) on retrouve à travers son oeuvre le motif récurant de la perte tragique de ses parents et son sentiment de culpabilité lié, qu’il chercha à traiter dans ses poèmes tels que "Fugue de la mort". Toutefois, il ne réussit pas à surmonter sa souffrance et il choisit à la fin de mettre fin à ses jours. Son ami, Moses Rosenkranz (1904-2003), sortit des atrocités de la guerre et malgré les nombreux morts, auxquels il dut faire face durant l’occupation, vécut très longtemps.

La poétesse Rose Ausländer (1901-1988) était aussi une amie de Paul Celan, dont il a fait connaissance dans le ghetto de Tchernivtsi et qu’il influenca très fortement dans son style d’écriture par une rencontre plus tardive à Paris. Sa carrière commenca par une immigration aux Etats-Unis, où elle publia ses premières oeuvres à l’âge de 20 ans. Cependant, elle retourna plusieurs fois dans sa patrie en raison de la maladie de sa mère, jusqu’à ce qu’elle soit déportée en 1941. Elle y survécut de justesse. Ce n’est que 20 ans après la guerre qu’elle parvint à devenir célèbre en tant que poétesse avec son recueil de poèmes "Eté aveugle". Contrairement à Rose Ausländer, l’écrivain Joseph Burg (1912-2009) réussit à fuir aux nazis. Il compte parmi les derniers hommes de lettres écrivant en yiddish et rédigea une vingtaine de romans malgré une pause créative de 40 ans.

L’auteur polonais juif Stanislaw Lem (1921-2006) est orginaire de Lviv. Ses études de médecine et son expérience de médecin furent incessement interrompues et empêchées si bien qu’il finit par se consacrer entièrement à l’écriture. Il fuit l’occupation soviétique et écrivit en Autriche et en Pologne surtout de la fiction, qui le rendit si célèbre que ses oeuvres furent traduites dans 60 langues.

Bruno Schulz (1892-1942) était encore un autre auteur et critique littéraire juif d’origine polonaise, qui grandit à Drohobytch et y passa sa vie mis à part quelques voyages épars. C’est là qu’il commenca sa carrière d’abord en s’adonnant à l’art et à l’illustration et enseigna le dessin. Ce n’est que plus tard qu’il découvrit son talent pour l’écriture en correspondant avec sa femme, et c’est ainsi qu’il ne réussit à se faire connaître qu’à l’âge de 40 ans. Il ne lui restait que peu de de temps pour vivre sa passion littéraire. Bien que sa mort ne soit souvent expliquée par sa fuite du ghetto, sa mort se produisit d’une facon encore plus tragique. En tant que serf du commandant Felix Landau, il fut victime d’une vengeance lorsque celui-ci ordonna un jour l’exécution de nombreux juifs dans une ruelle du ghetto, qui avaient fait opposition. Bien que ce commando exécutionnel ne concernait pas Bruno Schulz lui-même, on retrouva dans les morts un autre juif sous la tutelle du commandant SS Karl Günther. Pour compenser sa perte et se venger de facon cruelle, celui-ci exigea à la suite de cet événement l’exécution du serf de Felix Landau, ce qui signifiait la fin de Bruno Schulz.

Les écrivains Karl Emil Franzos (1848-1904) et Samuel Joseph Agnon (1888-1970) veillaient particuliérement à la médiation et la conservation de la culture et la tradition juives. Eduqué selon les traditions hassidiques du judaisme de l’Est, Joseph Agnon partit assez tôt en Palestine et ne revint les années suivantes lors de ses voyages entre Berlin et Jérusalem que rarement dans sa région natale, la Galicie, qui avait été victime de pogromes massifs. Il s’efforca pendant sa vie à sauvergarder les cultures juives et évoque souvent dans ses oeuvres un lien fort avec sa croyance, ce qui lui valut en 1950 le prix Bialik. L’écrivain et journaliste né en Podolie Karl Emil Franzos, lui, sous l’influence des tensions germano-juives, porta son attention avant tout sur la communication entre Allemands et Juifs, ce qu’il réussit à faire entre autres grâce à des traductions dans les deux langues respectives.

L’écrivain juif Simon Wiesenthal (1908- 2005), né en Galicie en 1908 s’efforca également d’éclaircir les suites de la guerre et fit état des horreurs commises pendant l’Holocaust. Il réussit à survivre 12 camps de concentration ce qui lui permit dans les années d’après-guerre non seulement de décrire son vécu en tant que témoin de l’époque, mais aussi d’aider en grande partie la recherche des criminels de guerre.

Le chemin vers la liberté


Ce n’est qu’après la mort de Staline que commenca lentement la période de dégel sous Chrouchtchev dans les années 50 et 60 et que les frontières du réalisme socialiste officiel s’adoucirent quelque peu. Enfin, 30 ans après sa mort en 1940, purent être publiés les travaux de Michail Boulgakov, né à Kiev. Le public soviétique eut tout de même accès à l’oeuvre grandiose de "Maître et Marguerite", dans laquelle l’auteur décrit la vie moscovite des années 20 dans une forme satirique-fantastique. Cependant, il fallut attendre encore la moitié des années 80 et la politique de réforme de Gorbatchev pour qu’il soit possible d’éditer de facon libre en Ukraine. Maintenant seulement apparaissent les oeuvres de littéraires exilés dans leur propre pays, les auteurs classiques du 19ème siècle peuvent être lus. La littérature avait perdu ses liens, mais aussi sa protection avec un Etat dans lequel un comportement exemplaire était honoré par des priviléges matériels.



Depuis l’indépendance, la littérature de langue ukrainienne est florissante et chacun est libre de publier dans la langue officielle du pays. On trouve de grands auteurs comme Yuri Andrukhovitch avec son bestseller "Les douze cercles" ou Lioubko Derech, Oksana Zaboujko, Serhiy Jadan, Yuri Fedkovitch et Ossip Makovei. Malgré cela, l’Ukraine reste un rapiécage de diverses influences culturelles et linguistiques, qui crée la base aujourd’hui à une identité commune.
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