Kertch fait partie des „villes éternelles“ de notre planète, tout comme Athènes, Rome ou Naples. Avec ses monuments antiques et son architecture médiévale, la ville accueille chaque année des milliers de touristes.

On trouve de nombreuses villes antiques en Crimée. Mais Kertch du haut de ses 26 siècles, en est la plus ancienne. C’est ici, sur la côte orientale de la Crimée, que fondèrent des colons venus de la cité ionique de Milet au 7e siècle avant J.C la colonie de Panticapée. Ce premier comptoir commercial se développa bientôt pour devenir la plus grande ville de Crimée orientale.

Les grecs avaient été précédés par les Scythes, des tribus sauvages de l’âge de bronze tardif, qui avaient repoussé entre le 7e et le 8e siècle av. J.C. les Cimmériens. Des fouilles archéologiques ont mis à jours de nombreux témoins de cette époque relatifs aux Cimmériens et aux Scythes sur la presqu’île de Kertch, que ce soit des tombes ou les objets posés à l’intérieur en offrande aux morts, des objets de la vie de tous les jours ou des armes.

La fondation de la cité grecque de Panticapée marque le début de la colonisation de la côte de Crimée. D’autres cités grecques, comme Taritaka, Mirmekyi ou Nimfei fleurissent aux alentours, et sont réunies en une cité, Bosphore, dont le nom tire son origine du nom antique du détroit de Kertch, le « Bosphore cimmérien ».

La ville de Panticapée est alors à son apogée et domine sur le plan politique l’ensemble de la Crimée. On construit sur ses collines de splendides palais, d’immenses temples et des bâtiments officiels richement ornés. L’antique cité grecque de Panticapée rayonne en qualité de capitale de l’art, de culture et d’artisanat. De nombreux bijoux anciens, métaux nobles travaillés, ainsi que des sculptures et monuments inédits retrouvés lors des fouilles témoignent aujourd’hui de son faste passé.

Au 2e siècle av. J.C:, Mithridate VI du Pont, nommé également (Eupator, le bien né) Dyonisos, règne sur le royaume du Bosphore. Le souverain s’allie au cours de son règne à d’autres colonies grecques de la côte septentoriale de la mer Noire, comme Olbia et Chersonèse en leur garantissant une protection militaire contre les Scythes. Avec la conquête de cités scythes et romaines, il fonde un vaste et puissant royaume (le royaume du Bosphore), s’étendant du nord de la mer Noire jusqu’en Asie mineure. L’ascension du souverain signifie pour la cité de Bosphore une période de prospérité économique et culturelle sans pareille.

Mais Rome ne pouvait rester de marbre face aux ambitions expansionnistes de ce petit parvenu oriental. Lors de trois guerres dites « mithridatiques », les Romains combattent contre les armées alliées du Bosphore et du Pont. Celles-ci ne font finalement pas le poids face aux forces concentrées romaines et l’armée grecque est finalement vaincue. La chute du roi Mithridate VI marque le déclin du royaume du Bosphore, sur lequel déferlent les hordes de Huns et de Goths et sera réduit en cendre.

A la fin du 8e siècle, la ville entre dans la sphère d’influence de la Russie kiévienne. On l’évoque à partir de cette époque par le nom de « Kortchev ». Elle joue un rôle primordial dans la principauté, se trouvant à la croisée des routes de commerce menant de la Rus’ au Proche-Orient et à Byzance, ainsi que de l’Europe occidentale au Caucase. C’est également à cette époque qu’est construite l’église St Jean-Baptiste (Predtetchi), que l’on peut admirer encore aujourd’hui. Proche de la mer Noire et de la mer d’Azov, désormais la ville sera la Porte du royaume pour de nombreux peuples voisins.

Du 13e au 17e siècle, Kertch sera occupée tour à tour par les Tatares, le Gênois et les Turcs.

La ville de Kertch a été presqu’entièrement détruite au cours de la 2e guerre mondiale. La ville fut maintes fois prise puis perdue par les troupes nazies et soviétiques. En mai 1942, la Wehrmacht reprend la ville lors de l’opération Trappen-Jagd. Plusieurs milliers de soldats soviétiques sont piégés dans la ville, se réfugient dans la mine située non loin de la ville et se battit jusqu’au dernier homme. Des obélisques et des monuments témoignent aujourd’hui des combats terribles qui se déroulèrent dans la région de Kertch. Après la guerre, Kertch reçut le titre honorifique de « ville-héros de l’Union soviétique ».

La ville actuelle de Kertch s’étend sur 108 km sur 52. C’est aujourd’hui une des villes les plus importantes de Crimée sur le plan industriel, scientifique et culturel. Une grande partie du centre-ville est classé monument historique.

Le plus grand musée de Kertch et le plus intéressant est le musée d’Histoire et d’archéologie. On y retrouve des objets datant de l’époque du royaume du Bosphore, comme du matériel artisanal, des manuscrits, des bijoux ou des objets de la vie courante exhumés lors de fouilles archéologiques.

Dans la galerie de peintures sont exposées les œuvres du peintre Nikolaï Yakovlevitch Bout, récompensé par l’Union soviétique pour l’ensemble de son œuvre, thématisant la seconde guerre mondiale vécue par les habitants. Des expositions temporaires y sont également hébergées, donnant un aperçu des Beaux-Arts en Ukraine.

Sur le mont Mithridate, le lieu à ne pas manquer à Kertch, se trouve le centre historique de la ville antique. Des fouilles archéologiques y mettent régulièrement à jour des restes de la cité antique grecque de Panticapée. Un escalier avec plus de 400 marches mène au sommet du mont, qui offre une vue imprenable sur la Crimée orientale, le détroit, et on aperçoit même de l’autre côté la Russie.

L’église St Jean-Baptiste fait partie des monuments les plus anciens du début du Moyen-âge en Ukraine. Construite dans le style byzantin, elle fait partie des édifices remarquables de la ville. Cette église est aujourd’hui encore en activité, et des offices religieux y sont régulièrement célébrés.

Dans les environs de Kertch ainsi que dans la ville même se trouvent de nombreux kourganes, des tumulus recouvrant des tombes datant de l’époque des Scythes. Ces collines artificielles sont visibles de loin. Dans ces tumulus, que l’on pourrait comparer aux pyramides égyptiennes, étaient enterrés les morts accompagnés de nombreuses offrandes. Le plus grand kourgane de Kertch est le « kourgane du tsar », dans lequel serait enterré un grand chef de tribu scythe.

En 1830 furent initiées des fouilles dans le kourgane Koul-orba. On y trouva la dépouille mortelle d’un chef de tribu scythe, qui avait été enterré avec sa femme et ses esclaves.

Egalement à ne pas manquer à Kertch, la tombe de Déméter, déesse grecque de la fertilité. C’est un monument original datant du 1er siècle av. J.C. A l’intérieur, sur les murs, ont été conservées des fresques représentant Hermès, Pluton, ainsi que la nymphe Calypso.

Non loin de Kertch se trouve également la forteresse turque de Yeni Qale, exemple très bien conservé de l’art architectural défensif ottoman. La construction de la forteresse, où pouvaient être placés jusqu’à 1.100 soldats, fut achevée en 1703. Elle passait à l’époque pour indestructible. La taille de la place forte y permit la construction de bains pour les soldats ainsi que d’une mosquée. Les turcs abandonnèrent la forteresse en 1774, lorsque Yeni Qale tout comme le reste de la Crimée revint aux Russes. Du haut des imposantes murailles, témoignant jusqu’à aujourd’hui de l’importance militaire de la place, la vue s’étend au loin jusqu’au détroit de Kertch et la Russie.

La région de Kertch a été marquée par la présence de colons allemands et suisses au 19e siècle, appelés par l’impératrice Catherine II pour repeupler la Crimée. La tsarine a en effet favorisé l’implantation de paysans et artisans allemands, qui passaient pour être des travailleurs très consciencieux. Utilisant les techniques les plus nouvelles venues d’Europe occidentale, leur arrivée a eu des répercussions très positives sur le développement de l’économie et du progrès technique au sein de l’Empire russe.
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