Christianisme en Ukraine: catholiques, orthodoxes et uniates

Confessions et foi en Ukraine


Un beau jour de 988, les habitants de Kiev se pressent sur les rives du Dniepr, anéantis, en larmes. C’est le jour de la déchéance officielle de leur dieu Péroune. Sa statue de bois est traînée dans la poussière, attachée à la queue d’un cheval, puis jetée dans les remous du fleuve, où il disparaîtra à jamais.

La déchéance de la divinité Péroune a été ordonnée par le prince Vladimir, régnant sur la Rous’, après son retour victorieux de la guerre contre Byzance. Vladimir a réussi à arracher aux Grecs la ville de Chersonèse en Crimée, puis à conclure un traité de paix, se faire baptiser et enfin épouser la sœur de l’Empereur Basile II le Bulgaroctone. Le jeune Etat slave et le puissant Empire d’Orient se retrouvent ainsi à pied d’égalité. Car la conversion au christianisme permet à la Moscovie de rentrer dans le cercle fermé des « peuples civilisés ».

 

Au lendemain de la déchéance de Péroune, les habitants de Kiev sont sommés de se rendre à nouveau sur les rives du Dniepr, sous peine de sanctions, pour s’y faire baptiser. C’est la naissance de l’Eglise russe orthodoxe. Au début, le savoir-faire et le personnel viennent en général de Byzance, comme par exemple Michel, le premier métropolite de Kiev. Ceci est également valable pour l’architecte du premier lieu de culte en Rus’. En effet, dès l’année suivante fut entreprise la construction de l’église de la Dîme à Kiev.

Et c’est ainsi que, rapidement, s’étendit sur tout le territoire de la Rus’ jusqu’à Novgorod un réseau d’imposantes cathédrales de style byzantin. Conformément à la tradition byzantine, des briques cuites étaient utilisées pour la construction des lieux de culte, les intérieurs étaient décorés de mosaïques aux couleurs vives et de dorures, s’inscrivant dans la tradition du langage visuel de l’antiquité tardive. Ces techniques de construction et de décoration introduites en Rus’ à cette époque-là, peuvent encore être admirées aujourd’hui dans de nombreux édifices conservés jusqu’à nos jour sur le territoire ukrainien.

Il y avait cependant de l’eau sur le feu. Dès la seconde moitié du 11e siècle, l’immense empire, fédération de petites principautés gouvernés par les membres de la dynastie des Rourikides, et s’étendant alors du Dniestr, au sud-ouest, au lac Onéga au nord-ouest, commença à vaciller. Les règles de succession étaient alors loin d’être claires, entraînant des luttes fratricides pour le pouvoir. De grands et puissants princes, comme Vladimir Monomaque (1113-1125) purent certes repousser l’échéance du déclin de l’empire, mais non changer le cours de l’histoire.

Un siècle plus tard, ce furent les hordes mongoles qui portèrent le coup de grâce à la contrée, déchirée par les conflits et désormais morcelée en petites principautés. La victoire des Mongols lors de la bataille sur les rives des fleuves Kalka et Sit scellèrent le sort de la région pour plusieurs siècles. En 1240, Baku, petit-fils de Gengis Khan, parvint à s’emparer de Kiev, marquant le début du « joug mongol » qui dura quatre siècles. Les habitants furent massacrés, la ville mise à sac et réduite en cendres. On raconte que seules deux cent maisons sur toute la ville échappèrent à la destruction. L’église de la Dîme, elle aussi, fut rasée. Sa reconstruction, prévue depuis longtemps, n’a pas encore commencé. Suite à l’invasion des Mongols et à la destruction de Kiev, ce furent deux principautés en plein essor, gouvernées toutes deux par des Rourikides, la Galicie à l’ouest et ce qui deviendra Moscou au Nord-est, qui revendiquèrent l’héritage de la Russie kiévienne disparue.

Le siège du métropolite orthodoxe, dépendant toujours du patriarcat de Constantinople, resta jusqu’en 1299 à Kiev, en tant que symbole de l’unité de la Rus’. Ensuite, sous le métropolite Maxime, il fut déplacé à Vladimir, puis en 1326 à Moscou. C’est également à cette époque-là que l’Empire romain d’Orient commença à décliner. La surface de l’empire autrefois puissant se réduisit comme une peau de chagrin jusqu’à n’englober que le territoire de la ville de Constantinople, sur la rive occidentale du Bosphore, protégé par des murs d’enceinte. Au Nord, on sut interpréter les signes avant-coureurs du déclin. En décembre 1448, un synode d’évêques russes décida de se passer de la bénédiction du patriarcat de Constantinople pour le choix du métropolite de Kiev et de toute la Russie. Byzance tomba cinq ans plus tard après avoir été assiégée par les troupes de Mehmed II.

En Moscovie, on estima que le temps était venu pour un patriarcat propre à la Russie. Pour légitimer celui-ci sont citées notamment les œuvres d’Hilarion, archevêque de Kiev au 11e siècle ("Slovo o zakoni i blahodati", en français "Sermon sur la loi donnée par Moïse, la grâce et la vérité"). Le tsar Fédor Ier choisit parmi trois candidats qui lui furent proposés le métropolite Iov en tant que premier patriarche orthodoxe russe. Un synode œcuménique à Constantinople confirma ce choix en 1590, légitimant le nouveau patriarche et le plaçant au même rang que les patriarches de Constantinople, d’Alexandrie, de Jérusalem et d’Antioche.

Naissance et histoire de l’église uniate

Les évêques orthodoxes occidentaux surveillaient d’un œil attentif ce qui se passe à leurs frontières orientales. Après la mort du dernier prince de la dynastie des Rurikides, les familles régnantes polonaises et lituaniennes s’étaient partagées la Galicie. Elles s’allièrent ensuite pour former un seul et même Etat. Au 16e siècle, la Pologne-Lituanie, est à l’apogée de sa puissance. Cet Etat est alors le pays le plus étendu d’Europe, englobant également certaines parties de l’actuelle Biélorussie et de l’actuelle Ukraine (ancienne Rous’). Alors que les Polonais sont pour la plupart catholiques, la majorité de la population de Lituanie est composée de slaves occidentaux orthodoxes. Les privilèges sont cependant réservés uniquement à l’élite polonaise catholique. Ceci poussa une grande partie de la noblesse ukrainienne et lituanienne à se convertir au catholicisme. Les évêques orthodoxes de Galicie tentèrent cependant tout de même de défendre leurs droits face à la hiérarchie catholique, tout en restant indépendant de Moscou aux appétits grandissants. Moscou, rêvait en effet de créer sa propre Eglise russe orthodoxe, s’émancipant de plus en plus de Constantinople : Une seconde Métropolie de « Kiev et de toute la Russie » fut créée en 1485 par les évêques de Galicie. Le patriarche de Constantinople émit cependant bientôt le souhait de voir la métropolie de Kiev unifiée sous l’égide de Moscou, réduisant à néant les efforts des évêques de Galicie.

Il faut donc trouver une solution, et vite ! Une seule solution reste envisageable : se tourner vers Rome pour ne pas tomber dans la gueule du loup russe. D’ailleurs, cela fait longtemps que la papauté romaine essaye de reprendre le contrôle des églises orientales, ou du moins de certaines parties de celles-ci. Et puis il ne s’agit que de reconnaître l’autorité du Saint Père, finalement, la hiérarchie traditionnelle et la liturgie restant les mêmes. D’un point de vue strictement extérieur, orthodoxe ou gréco-catholique, on n’y verra que du feu.

Le roi Sigidmund III de Pologne avec sa volonté d’unité confessionnelle joue un rôle prépondérant dans l’affaire. Il est soutenu dans l’entreprise par la noblesse lituanienne, précédemment convertie au catholicisme. Il faut dire également que tout une partie de l’évêché orthodoxe, dépendant encore de Constantinople, est plutôt bien disposé, voyant d’un mauvais œil être rattachés au patriarcat de Moscou, en passe d’être créé. De plus, le fait d’être subitement traités d’égal à égal avec leurs confrères catholiques romains ne leur donne pas que des désavantages : ils ont ainsi la possibilité de postuler pour des sièges au sénat, ce qui signifie pouvoir et influence qu’ils n’avaient jusqu’alors pas. C’est ainsi que six d’entre eux signeront en 1594 l’Union de Brest. Le métropolite de Kiev-Galicie à Lviv devient le centre de l’Eglise uniate. Si la plupart des évêques se prêtent au jeu, le simple paysan, lui, ne suit pas. C’est ainsi qu’une grande partie de la population reste orthodoxe, sourde aux enjeux de cette décision.

On peut donc avancer que la naissance de l’Eglise grecque-catholique ukrainienne découle dans une certaine mesure d’une volonté d’indépendance par rapport à Moscou. Les rapports entre les deux restent pour le moins tendus. Ceci est particulièrement visible dans les régions retombées sous la coupe de Moscou après la chute de la Pologne-Lituanie. Le tsar Nicolas Ier interdit en 1839 l’Eglise uniate et obligea ses membres à se rattacher au patriarcat de Moscou. Pendant ce temps, dans les régions occidentales appartenant à l’Autriche-Hongrie, puis à la Pologne et à la Tchécoslovaquie, l’Eglise uniate continua à se développer sans aucune restriction.

Ce statut privilégié prit fin lorsque la région tomba sous contrôle soviétique en 1944/45 à la suite de l’avancée des troupes soviétiques. Tout comme à l’époque du tsarisme, les uniates furent obligés de fusionner avec Moscou. Cette mesure se heurta à la résistance de la population. Celle-ci, tout comme la résistance nationaliste d’Ukraine occidentale d’ailleurs, était cependant condamnée à échouer malgré l’écho qu’elle éveillait dans les consciences. Et appartenir ouvertement à la rébellion était lourd de conséquences. C’est ainsi qu’une partie importante du clergé uniate, tous les évêques ainsi que de nombreux fidèles furent envoyés au goulag. Le métropolite de Lviv par exemple, fut libéré en 1963 seulement, puis fut banni et dut se réfugier à Rome.

Ce n’est qu’en 1990 qu’il fut autorisé à revenir à Lviv, l’Union soviétique se désintégrant inexorablement. Plus tard, en 2005, le cardinal Lioubomir Housar déménagea le siège de l’église uniate, portant désormais le titre d’« archevêché de Kiev et d’Halytch », dans la capitale ukrainienne. La confession uniate est encore d’actualité en Ukraine. Dans une étude récente du centre d’études économiques et politiques Razumikov, 5,3% des sondés se déclarèrent appartenir à l’Eglise gréco-catholique, une grande partie de ceux-ci étant originaire d’Ukraine occidentale.

Les réformes de Nikon et les Vieux Croyants (Lipovènes)

L’empire Russe en pleine expansion était, lui aussi, en proie à de nombreux conflits sur la question religieuse, notamment au 17e siècle.

Constantinople rayé de la carte, Moscou pouvait maintenant se prétendre 3e Rome, seule et unique héritière de la grandeur impériale. Ceci donnait à la capitale une place de choix, tant sur le plan politique que religieux. Pour justifier de cette position, le patriarche Nikon (1605-1681) trouva judicieux de revenir aux sources de l’orthodoxie byzantine, ce qui signifiait parfois adapter ou supprimer certaines pratiques qui avaient fleuri au cours du temps de part et d’autre de l’Empire. En théorie, donc, rien de bien compliqué. Pour nous, simples mortels du 21e siècle, ça nous est bien égal de devoir se signer avec trois doigts ou deux, de répéter l’alléluia deux fois ou trois, ou de faire tourner la procession religieuse dans le sens des aiguilles d’une montre ou bien le contraire. Mais à l’époque, c’était bien différent, et pour de nombreux contemporains de Nikon, ces allégations relevaient de la pure hérésie, un signe du retour de l’Antéchrist.

Grande fut la résistance aux réformes, et brutales furent les mesures de contre-résistance. C’est ainsi que la noble Feodossiya Prokopneva Morozova fut emprisonnée en 1671 et envoyée quatre ans plus tard au couvent Pafnuti de Borovski avec sa sœur, elle aussi rétive, dans une cellule où on les laissa mourir de faim. Un an plus tard, un seigneur fidèle au tsar prit d’assaut le monastère de l’archipel de Solovki où s’étaient réfugiés les adversaires de la réforme. Car quand on parle de Vraie Foi, la Russie n’échappant pas à la règle, on ne fait pas dans la dentelle.

Ce fut une véritable hémorragie pour le Mère-patrie : si des milliers de personnes perdirent la vie en martyrs, de nombreux autres prirent leurs cliques et leurs claques et s’enfuirent se faire oublier à la périphérie de l’Empire, hors de portée de main du Tsar et du patriarche de Moscou. Et la périphérie c’est encore l’« U kraina », le territoire de la marche, « aux confins » de l’Empire tsariste.

Sous Pierre le Grand (1682-1725), les persécutions sont moins violentes. On ne tue plus pour la Vraie Foi. Les Vieux-Croyants sont de toute façon assez sous pression. Ils n’ont pas le droit de se marier entre eux et payent deux fois plus d’impôts. Ceci décida à partir de 1724 de nombreux Vieux Croyants à aller s’installer dans des contrées plus clémentes, à l’embouchure du Danube, où, au moins, on les laissait tranquille. C’est ici, dans le delta formé par l’immense fleuve, région appartenant de nos jours à la Roumanie, mais aussi à la Moldavie et à l’Ukraine, qu’ils se réfugièrent, formant la minorité des Lipovènes, les « gens de la lentille », minorité encore existante aujourd’hui, parlant un russe ancestral et ayant conservé leur foi. Leur centre est Vylkovo (Vylkove), petite ville d’une dizaine milliers d’âmes du côté ukrainien du delta, et vivant principalement de la pêche.

La tsarine Catherine la Grande (1762–1796), réceptive aux idées des Lumières, suspendra de temps à autres les persécutions sur la communauté vieille croyante. C’est ainsi qu’ils ne durent plus payer le double d’impôts et qu’on les autorisa à revenir à Moscou. Mais lorsque Nicolas 1er arriva au pouvoir, en 1825, les répressions recommencèrent, celui-ci voyant dans les Vieux Croyants un danger pour la couronne.

Le manque de prêtres se fit critique. Car ceux-ci ne pouvaient être ordonnés de façon canonique que par un évêque assermenté. Des évêques, justement, il n’y en avait plus en Russie. Finalement, une délégation de Vieux Croyants, qui étaient allés jusqu’en Afrique du Nord pour trouver une solution à leur problème, atterrit en 1846 à Constantinople et réussit à convaincre le métropolite Ambroise, jusque là berger sans troupeau, de rejoindre leur cause. Le village retiré de Belaya Krinitsa, qui faisait partie à cette époque de la Bucovine austro-hongroise, fut choisie comme siège de la nouvelle métropolie.

C’est à cet endroit-là, où vivaient déjà de nombreux Lipovènes qui y avaient déjà construit un petit monastère, loin du tsar et de St Pétersbourg, que fut érigé un nouveau centre spirituel, assurant le renouveau du mouvement Vieux Croyant, tout du moins empêchant qu’il ne disparaisse à jamais. Enfin, en 1905, avec la première Révolution fut décrétée la liberté de culte, même si celle-ci ne fut effective que quelques années seulement.

La Révolution de 1917, la guerre civile et l’arrivée au pouvoir des bolchéviques sonna le glas de ce répit et le début des répressions pour les différents courants religieux de la nouvelle URSS. Les prêtres furent emprisonnés ou déportés, les églises fermées ou reconverties, et le nombre de fidèles chuta rapidement. En plus de cela, certains évêques ayant rejoint le mouvement Vieux Croyant dans les années 20 et claqué la porte du Patriarcat de Moscou, créèrent une nouvelle métropolie, qui installa définitivement son siège à Novozybkov dans l’oblast de Briansk (actuellement en Russie) en 1963. Ceci ne pouvait que réjouir les communistes, pour qui le dicton « diviser pour mieux régner » était de mise.

Les frontières étaient assez fragiles dans la première moitié du 20e siècle. Belaya Krinitsa se retrouva tour à tour roumaine, puis passa sous contrôle soviétique. Le siège de l’évêque fut à donc transféré à Brãila à l’est de la Roumanie, ajoutant une nouvelle division dans l’Eglise vieille-croyante.
Ce n’est que quelques années après la mort de Staline que la pression sur les Vieux Croyants se fit moins forte. En 1971, l’Eglise russe orthodoxe leva l’anathème sur les Vieux Croyants, en vigueur depuis trois siècles. La perestroïka dans les années 80 permit la réunification des Eglises vieilles croyantes roumaine et soviétique. En 1988 fut fêté à Moscou et à Belaya Krinitsa, qui avait l’opportunité de retrouver son importance d’autrefois, le jubilée de la christianisation de la Rus’.

Trois moments décisifs pour une Eglise autocéphale en Ukraine

Après l’abdication du tsar Nicolas II en février 1917, l’Ukraine aspirait à l’indépendance par rapport à la Russie. Un an plus tard, le 22 javier 1918, la Rada ukrainienne qui faisait à l’époque office de gouvernement, proclama l’indépendance de la République populaire ukrainienne.

L’occasion de créer une Eglise nationale indépendant du patriarcat de Moscou se présentait enfin sous un jour favorable. Le statut espéré était celui de l’autocéphalie, c’est-à-dire l’indépendance complète par rapport à tout autre Eglise, incluant le droit de choisir soi-même ses prélats, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors. En mai 1920 est donc créée à Kiev une Eglise orthodoxe ukrainienne autocéphale, dont Vasyl Lypkivkiy est élu métropolite par une sobor (synode) en octobre suivant.

Seul problème : aucun patriarche orthodoxe ne reconnaît cette élection, ce qui la rend illégale. Ceci n’est pas pour déplaire au régime communiste, qui a repris depuis longtemps le contrôle de l’Ukraine sous l’égide de Moscou. Pour lui, la division de l’Eglise ne peut qu’augmenter sa faiblesse, et une Eglise faible est plus facile à diriger. Ils autorisent donc l’Eglise autocéphale ukrainienne. Celle-ci était au milieu des années 20 forte de 3 à 6 millions de fidèles, plus d’un millier de paroisses, 1500 prêtres et 30 évêques.

Cependant, lorsqu’en 1927 le patriarche de Moscou Sergueï fait acte de loyauté envers le régime soviétique, l’Eglise ukrainienne tombe en disgrâce auprès des autorités. Vasyl Lipkivskiy est contraint de renoncer à son mandat et est banni. En 1930, dans le cadre du durcissement du régime et à la chasse aux sorcières contre tous les représentants des « mauvaises mœurs », dont la religion, le statut d’Eglise autocéphale est abrogé. De nombreux ecclésiastiques sont eux-aussi bannis, et en 1937, année des Grandes Purges staliniennes, l’Eglise ukrainienne est dissoute.

En 1941, les troupes soviétiques sont chassées d’Ukraine par les occupants allemands, qui y créèrent un « Reichskommissariat » une entité administrative d’occupation indépendante. Les occupants nazis considèrent les Eglises nationales comme éléments utiles à la maîtrise des peuples asservis. C’est l’occasion de retenter de créer une Eglise ukrainienne indépendante. C’est ainsi qu’Hilarion, évêque de Kholm et de Poldlakhie, est élu en novembre 1941 métropolite de Kiev. Cette fois-ci, l’élection est canoniquement correcte, mais non reconnue par les autorités nazies.
Quoiqu’il en soit, cette seconde Eglise autocéphale ne durera pas. La totalité de ses prélats ont fui en effet en 43/44 devant l’avancée de l’Armée rouge. L’Eglise autocéphale ukrainienne, à laquelle appartiennent de nombreux Ukrainiens exilés à l’étranger, continue à vivre hors-frontières, notamment aux Etats-Unis, et reste interdite en Union soviétique.

Sous Gorbatchev, en 1989, l’Eglise orthodoxe est de nouveau officiellement autorisée en Ukraine soviétique. C’est ainsi qu’en 1990 fut élu patriarche à Kiev Mstyslav Skrypnik, issu de la diaspora américaine.

Deux patriarches et un métropolite – les Eglises orthodoxes en Ukraine indépendante

En 1990 décède Pimen Ier, depuis près de vingt ans à la tête de l’Eglise orthodoxe russe. Alexis II lui succède alors en tant que patriarche de Moscou et de toute la Russie. L’Ukraine déclare son indépendance politique le 14 août 1991. Mais à la même époque, un vent d’indépendance souffle au sein du clergé ukrainien orthodoxe, encore sous l’égide de Moscou. Moscou tente de recoller les morceaux et accorde même en octobre 1990 aux orthodoxes ukrainiens indépendance et autodétermination, mais c’est trop tard.

Le nouveau gouvernement conduit par le président Kravtchuk soutient la formation d’une Eglise nationale ukrainienne. Un nombre non négligeables d’évêques auparavant rattachés à Moscou passent du côté de l’Eglise autocéphale ukrainienne, dont le patriarche est toujours Mstyslav Skrypnik. Après de nombreuses hésitations, même Mychajlo Antonowytsch Denyssenko, métropolite de Kiev sous l’égide du patriarcat de Moscou et second homme fort de l’Eglise orthodoxe russe sous Pimen, se rallie à l’Eglise autocéphale ukrainienne et à Skrypnik sous le nom d’Eglise orthodoxe ukrainienne – patriarcat de Kiev. Cette même année est marquée par la chute feutrée et inattendue de l’Union soviétique.
Le décès de Mstyslav Skrypnik, patriarche de l’Eglise autocéphale ukrainienne en 1993 provoque de nouvelles divisions : une partie de l’Eglise autocéphale ukrainienne choisit pour patriarche l’évêque Dymytrij Jarema, qui avait fait l’expérience du goulag, une autre Volodomyr Romaniuk. Cette seconde moitié est reconnue en continuité d’Eglise orthodoxe ukrainienne – patriarcat de Kiev. A nouveau, Dennysenko occupe une place de choix en tant que bras droit du patriarche.

Cependant, Romaniuk meurt en 1995 dans des circonstances peu habituelles, lors d’une rencontre au domicile de Dennysko. Pas d’autopsie, pas de veillée funèbre autorisée dans la cathédrale Ste Sophie. Le ton monte, la rumeur enfle, on en vient même aux mains entre une partie du clergé et les forces de sécurité qui surveillent l’entrée de la cathédrale. Suite à ce scandale, le ministre ukrainien de la justice démissionne, des têtes très haut placées tombent. Le 20 octobre, sous le nom de Filaret II, Dennysko est élu en tant que successeur de Romaniuk patriarche de l’Eglise orthodoxe ukrainienne – patriarcat de Kiev. Au moment de son élection, quatre évêques quittent l’assemblée. Deux ans plus tard, la métropolie de Kiev sous l’égide du patriarcat de Moscou excommunie son concurrent Dennysko. Raison officielle : manque de légitimité canonique.

L’Eglise autocéphale et le patriarcat de Kiev trouvent un terrain d’entente en 2001 pour quelques années. Ils se reconnaissent mutuellement et s’accordent la communion. L’Eglise autocéphale renonce même de manière provisoire à son propre patriarche. Aujourd’hui, c’est le Méthode qui est à la tête du patriarcat de Kiev et de toute l’Ukraine, pour l’Eglise autocéphale. Les patriarcats orthodoxes de Moscou et de Kiev, eux aussi, n’ont pas complètement coupé le contact. Malgré des différents persistants, un dialogue semble nécessaire, du moins pour résoudre des problèmes d’ordre pratique, dont les possessions de chaque Eglise.

C’est ainsi que Kiev, capitale de la Rus’, accueille le siège de deux patriarches orthodoxes (patriarcat de Kiev et siège de l’Eglise autocéphale), ainsi que le siège du métropolite de l’Eglise orthodoxe ukrainienne – patriarcat de Moscou. A cela s’ajoute également le siège de l’archevêque Husar de l’Eglise uniate.

Cependant que les Uniates forment le groupe religieux majoritaire en Ukraine occidentale, à l’est de l’Ukraine, où la population est en majorité russophone, la plupart des croyants se réclament de l’Eglise orthodoxe ukrainienne – patriarcat de  Moscou. Une étude de 2006 du centre Razumkov, durant laquelle furent interrogées 11 216 personnes sur leur appartenance religieuse, donne les résultats suivants :

Patriarcat de Kiev: 14,9
Patriarcat de Moscou: 10,9
Uniates: 5,3
Autocépahle: 1,0
Catholiques-romains: 0,6
Protestants: 0,9
Juifs: 0,1
Autres: 3,2
Athées ou non croyants: 62,5


Il est intéressant de noter le pourcentage important de personnes interrogées qui se déclarent athées ou ne savent pas à quelle communauté religieuse elles appartiennent. Des années de propagande antireligieuse pendant l’ère soviétique y est certainement pour quelque chose. Mais aussi les luttes de pouvoir qui déchirèrent le clergé pendant les années suivant l’indépendance.

Des réfugiés arméniens aux Témoins de Jéhova

Même si l’orthodoxie a dominé le paysage religieux de l’Ukraine depuis l’époque de la Russie kiévienne, on y trouve cependant d’autres communautés chrétiennes.

Lorsque les Turcs s’emparèrent de la capitale de l’Arménie Ani en 1064 et la détruisirent, de nombreux Arméniens fuirent, et ce jusqu’en Galicie. C’est ainsi que fut construit l’un des plus beaux bâtiments de Lviv, la cathédrale de la Dormition en 1363. Les orthodoxes grecs, quant à eux, s’installèrent plutôt vers Mariupol, sur les rives de la mer d’Azov. Egalement particulièrement représentée en Ukraine, l’Eglise baptiste, dont les missionnaires vinrent pour la plupart de St Pétersbourg dès 1874.

Aux 18e et 19e siècles, Catherine la Grande et Alexandre II firent venir de nombreux colons allemands sur la rive septentoriale de la Mer Noire. C’est ainsi que des milliers de catholiques romains, de protestants luthériens et également de Mennonites s’installèrent en Ukraine. On trouve aujourd’hui encore de nombreuses églises et temples en témoignant, par exemple l’église St Paul d’Odessa, où se réunissait autrefois une communauté florissante.

La Glasnost’ et la Perestroïka permirent à de nombreux courants religieux de s’inscrire en tant qu’Eglise sur les registres, 65 en tout en Ukraine. On y retrouve l’Eglise néo-apostolique, l’Eglise adventiste particulièrement représentée à Kiev, mais aussi les Témoins de Jéhova. 65 165 adeptes remplirent tout de même un stade de foot à Kiev en 1994.
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